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Août 27

[Delerorn] L’attaque pirate

Non mais c’est bon ça me saoules, tu triches tout le temps…

Ça, c’est Bill, mon voisin de hamacs. Et là, il vient encore de se faire avoir par mon tour de passe-passe  😀

Ahahaha, mais ce n’est pas de la triche, c’est à toi d’être attentif. Bon allez vas-y, je vais te dévoiler le truc. En gros, quand tu passes la pièce derrière, tu…

PIIIRAA…DES PIIIRAATTESS ! PIRAATES EN VUUEE !

Je pense que vous vous en doutez, ce qui suivit ne fut guère très glorieux, pas pour nous du moins…

Tous réunis sur le pont – moi, Bill, mes autres camarades matelots ainsi qu’un élément souvent présent lors de ce genre de situations, j’ai cité la panique – plus ou moins prêts à obéir aux ordres du capitaine, lui aussi paniqué. La peur grandissait dans nos yeux à mesure que le navire ennemi se rapprochait de plus en plus vite dans notre direction. Rapidement, le capitaine ordonna à l’un des matelots de hisser le pavillon blanc mais c’était peine perdue. De toute évidence, les pirates n’allaient pas nous épargner et ça, le capitaine le savait parfaitement.

Tandis que la plupart de l’équipage s’attardait naïvement à la prière, j’optais de mon côté pour une méthode un peu moins spirituelle mais qui, selon moi, avait plus de chances de fonctionner : la cachette. Certes mon honneur en prenait un coup, mais à quoi bon être digne quand on est mort ?! M’étant résolu à survivre, je profitais donc des quelques minutes restantes avant l’abordage pour m’octroyer une chance de survie. Mon dévolu se jeta alors sur un tonneau – non, je ne m’appelle pas M. Original – au fond de la cale, qui, avec un peu de chance,
n’attirerait la curiosité de personne.

Assis inconfortablement dans le tonneau, j’imaginais, par les cris de désespoir de mes camarades matelots qui résonnaient jusque dans mes oreilles, la boucherie orchestrée par les pirates sur le pont du bateau. Mes pensées allaient vers eux, mes compagnons de mer, arrachés à leurs femmes et à leurs enfants, mais tout particulièrement vers Bill pour qui j’éprouvais une certaine sympathie. C’est alors que je fus pris d’une sensation étrange insoutenable. Ce n’était pas la peur, non, c’était de la honte.

NOOONNN !!

Moi-même surpris par l’intensité de ce cri, qui résonnait à la fois dans ma tête et dans le tonneau, je décidai alors d’un geste brusque de sortir de celui-ci et de faire face, comme mes camarades, à mon agresseur. Couteau à la main, je remontai avec un courage inexpliqué les marches de l’escalier reliant la cale à l’entrepont.

Arrivé sur l’entrepont, je compris que ce que je m’apprêtais à faire – bien qu’à cet instant précis je n’avais pas la moindre idée de ce que je comptais faire – était de la pure folie. En effet, tous les scénarios qui traversaient mon esprit à ce moment-là ne me réservaient guère un futur certain. Malgré tout, il m’était impossible de faire machine arrière et c’est donc avec une détermination imprudente que j’ouvris à la volée la trappe menant au pont.

Comme je l’avais imaginé, un massacre d’une barbarie sans nom s’était déroulé sur le navire et ma personne se trouvait ainsi au milieu de tous ces corps inanimés, entourés de pirates prêts à me transpercer au moindre mouvement. Tout acte chevaleresque me paraissait alors impossible à mesure que mes yeux se remplissaient d’un flou de plus en plus sombre ; il faut dire que la vue du sang ne m’a rarement été supportable par le passé,
mais pour le coup, on venait de m’assommer…